quelques pages d'histoire(s) de Plougrescant

-Yann Ar Gwenn

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Le barde breton Yann Ar Gwenn n’est pas né à Plouguiel comme il l’affirmait dans ses chansons  « Yann Ar Gwenn eo ma Hano, ganet oun en Plouiel » mais à Plougrescant le 24 décembre 1774

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Devenu aveugle très jeune, « Dall Ar Gwenn » doit mendier pour survivre, il chante l’actualité, anime foires et mariages du Trégor, toujours accompagné de son inséparable épouse Marguerite « Marc’harit » Petitbon.

Voici une de ses compositions telle qu’elle a été publiée dans « L’Âme bretonne » par Charles Le Goffic

*

Disput entre ur c’hereer hac ur botoer coat

Mar gallan gout ar feçon, e tenin da rima
Eun disput a neve flam, d’enem divertissa.
Savet entre ar c’hereer bac ar botoer coat
Pa vet crog en eur boutail it daou pot dilicat.

O daou o deus prometet e mige digante,
Goude formi eun disput excellant entrese,
Eun doucen uio fritet hac eun tam bara guen,
Hac eur banne da effa en fin ar ganaouen.

Mar be glebiet an anchen, ar bombard a zone,
A zilao gant parfeti eun darn a resono.
Vit ho lacat da zisput an eil oc’h e quile
Ha nen pas rima notra nemert ar virione.

AR BOTOER

« Er gouan ec’h intentan, eme ar botoer coat.
E me a zen da viscan treid an dud dilicat ;

Ha te, quereer infam, gant ta votou ler,
A zigac, ar c’hlenvejo hac eun nombr a vizer.

AR C’HEREER

« Eun tam eo estimet huelloc’h ma état
Evit nen deo da hini, pot ar botou coat.
Ma ranche beajerrien bale gant sorgello,
Et nent eun anter hirroc’h oc’h ober campagno.

AR BOTOER

« Evit prepari’in douar de lakat an trevat,
Eo eun drar necesser cavet eur botou coat ;
Ne voeler den o palat er parc gant botou ler.
Ha c’hoas e fell dit laret ne n’on qet necesser !

AR C’HEREER

« Goud a ran ev ar botou coat a gonserv ar yec’het
Hac a brepar an douar evit lacat an ed,
Evel ma c’her da redec er parc gant o vejo,
E scanvoc’h ar botou ler evit eur sorgello.

AR BOTOER

Pa deui an erc’h, hac ar scorn, hac ar gouan kallet,
E ranko ar c’hereer paca e vinaouet,
Ha me doucho an arc’hant partout er marc’hajo,
Ha te a sello ouzin ha digor da da c’heno.

AR C’HEREER

« Pa erruo ar mis meurs hac an nene amzer
Da visca an habijo brao hac ar boto ler,
Neuze na vo istimet netra ar boto coat :
Ur boto ler da vale a so traou dilicat.

AR BOTOER

« Allies en ranqes mont da dy ar c’hivijer
Ha na pe nemet tri scoet pe eun tri scoet anter
Ha me laca assembles bete c’huec’h uguent scoet
Da brena ar c’hoat boto ar baysantet.

AR C’HEREER

« Goel a ze dit, ma mignon, pa tens eur bern arc’hant ;
An neb a deus nebeutoc’h a von honestamant.
Me a deb hic ha zouben, ma yod da greis-de :
Ordinal ec’h intentant on benet couls a te.

AR BOTOER

« Poent eo din finissa, rac an nos a dosta,
Hac an hostis a jeno pa na effomp netra,
Hac a roï din hon c’honje, coader ha q’ereer,
Da bartian deus he dy ha mont da gaet ar guer.

AR C’HEREER

« Ebars en hostaleri a vo rezonio.
Disput entre ar vignonet ha chass-bleo enecho;
Ar c’hoste crea c’hone ebars en peb affer :
Mar q’eres m’a velo », eme ar c’hereer.

Goude leis cov e crogjont vel daou ghy animet
Ha stagao den emjannan evel tud malisset.
Q’en ha rangas an hostis q’emer e vas ribot,
Ha sq’ei voar zin discregui an fœçon no oant crog.

Goullennomp eur chopinet den om dispartia :
An hostis on servijo mar deuomp de bea;
Hac evomp pep a vemac’h e fin ar ganaoueun.
An oll a ranc caout boto pe vale dierc’hen.

An hini en eus rimet an disput dilicat
Savet entre eur c’hereer hac eur botoer coat,
En eus gret meur a hini, e hano Yann-ar-Guen.
Hac a veler ordinal en fin ar ganaouen.

*

TRADUCTION.

Débat entre un cordonnier et un sabotier

Si j’en puis trouver la manière, je rimerai volontiers, pour me divertir, un débat tout flambant neuf qui s’est élevé entre un cordonnier et un sabotier. La bouteille au poing, ce sont deux garçons fort délicats.

Tous deux m’ont promis, si je conduisais à bien leur débat, une douzaine d’œufs fricassés, un chanteau de pain blanc et un coup à boire à la fin de ma chanson.

La bombarde ne sonne que si l’anche est mouillée et elle sonne alors à la perfection. Pour former un débat entre l’un et l’autre, je n’ai qu’à laisser parler la vérité.

LE SABOTIER

« L’hiver, dit le sabotier, c’est à moi qu’il appartient d’habiller les pieds des gens délicats, tandis que toi, cordonnier infâme, avec tes souliers, tu ne leur apportes que des maladies et nombre de misères.

LE CORDONNIER

« Ma profession est estimée un peu plus haut que la tienne, homme des chaussures de bois ! S’il fallait que les voyageurs se servissent de tes sorgello, ils mettraient le double de temps à faire l’étape.

LE SABOTIER

« Pour disposer la terre à recevoir la semence, c’est une chose nécessaire d’avoir des sabots. On ne voit guère de gens bêcher avec des souliers. Et tu oses dire que je ne suis pas nécessaire !…

LE CORDONNIER

« Je sais que les sabots conservent la santé et qu’ils préparent la terre à recevoir le blé, tout de même que, si l’on passe la herse ( ?) sur un champ, les souliers sont plus légers pour courir que des sorgello.

LE SABOTIER

« Quand viendront la neige et la glace et le dur hiver, il faudra que l’alêne du cordonnier fasse trêve. (Pendant ce temps) moi je toucherai de l’argent partout dans les foires. Toi, tu me regarderas, la bouche ouverte.

LE CORDONNIER

« Quand le mois de mars arrivera et le renouveau et (que ce sera le temps) de revêtir de beaux habits et des chaussures de cuir, alors les sabots seront estimés moins que rien. Des chaussures de cuir pour se promener, voilà le délicat !

LE SABOTIER

« Il te faut souvent aller chez le tanneur. Et tu n’as sur toi que trois écus et demi. Moi, d’un seul coup, je dépense jusqu’à cent vingt écus pour acheter le bois qui sert à fabriquer des sabots aux paysans.

LE CORDONNIER

« Tant mieux pour toi, mon ami, si tu as un tas d’argent ! Les gens qui en ont moins vivent quand même honnêtement. Je mange viande et soupe et ma bouteille à midi et je prétends vivre aussi bien que toi à mon ordinaire.

LE SABOTIER

« Il est temps d’en finir, car la nuit approche et notre hôte fera grise mine si nous ne consommons pas. Cordonnier et sabotier, il pourrait bien nous donner congé et nous mettre à la porte en nous priant d’aller (continuer notre discussion) chez nous.

LE CORDONNIER

« Il va y avoir du grabuge dans l’hôtellerie, dispute entre amis et peut-être crépage de cheveux. C’est le parti le plus fort qui l’emporte en chaque affaire. Si tu veux, allons-y », dit le cordonnier.

Et les voilà, le ventre plein, qui se jettent l’un sur l’autre, tels deux chiens furieux, et qui s’agrippent et se gourment comme des malfaiteurs, au point que l’aubergiste est obligé de s’armer d’un bâton à riboter et de cogner dessus pour leur faire lâcher prise, tant ils sont bien accrochés ! Demandons une chopine pour les départir. L’aubergiste nous servira volontiers, si nous le payons. Et buvons chacun un coup à la fin de la chanson. Il faut que tout le monde ait des chaussures, à moins de marcher pieds nus. Celui qui a rimé ce débat ingénieux, élevé entre un cordonnier et un sabotier, celui-là en a composé bien d’autres : son nom est Jean Le Guen. Et vous le voyez ordinairement à la fin de ses chansons.

26 décembre, 2016 à 18:55 | Commentaires (0) | Permalien


-Ty ma zud coz

 

 

Chaumière de Prad Lédan

Chaumière de Prad Lédan – Plougrescant

 Inventaire de la communauté Yves SALPIN et Marie-Jeanne ROBIN de Plougrescant

L’an mil huit cent soixante cinq, ce jour vingt avril à dix heures du matin
A la requête de Marie-Jeanne Robin, cultivatrice, domiciliée à Prad Lédan en Plougrescant, agissant à cause de la communauté qui a existé entre elle et Yves Salpin, son défunt mari que comme tutrice légale de Laurent, Marie-Perrine et Marie-Yvonne Salpin ses enfants mineurs issus de son dit mariage; De 2° Michel, Jean-Marie et Françoise Salpin, ses enfants majeurs, cultivateurs demeurant avec elle. Assisté et en présence de Laurent Salpin, cultivateur à Penvénan, subrogé tuteur des dits mineurs Salpin, nommé à cette fonction, par délibération du conseil de famille passé sous la présidence de M. Le Juge de Paix de Tréguier, en date du dix neuf mois courant, enregistré le même jour; Il va être procédé à l’inventaire fidèle et exact, par nous M° Le Gac et l’un de nos collègues, notaires à Tréguier, soussignés, des meubles et effets mobiliers existant au domicile de la dite Veuve dont la moitié seule appartient à sa communauté, l’autre moitié appartenant à la mère de la Veuve, en indivis, Veuve Robin, née Marie-Jeanne Hervé. Sur la prise qui en sera faite par M° Jean Thas, greffier de la Justice de Paix de Tréguier, et y demeurant.
 
Le tout comme suit:
deux crémaillères – estimés un franc
trois trépieds – trois francs
une fourche en fer, poêle à frire, petite hache – un franc cinquante centimes
deux pots de fer et trois chaudrons – dix francs
deux bassins de cuivre et un passe lait – douze francs cinquante centimes
ribots et ustensiles – trois francs
cinq barattes et paniers – sept francs
un brancard, plateaux et cordes – sept francs
sas cribles et tamis – trois francs
un harpon et une scie – un franc cinquante centimes
un bât – trois francs
trois faucilles, une lime et un marteau – cinq francs
objets de pêche – vingt francs
trois chandeliers – un franc cinquante centimes
casserole, cuillère à pot, écumoire et fanaux – deux francs
deux crêpières et ustensiles – trois francs
cuillères en bois et portant – un franc
dix huit couverts en fer – un francs
assiettes et plats – trois francs
douze bouteilles – un franc vingt centimes
deux fusils et un pistolet – deux francs cinquante centimes
fil écru – quarante cinq francs
poterie en terre, écuelles et portant – deux francs
quatre jattes – soixante quinze centimes
outil d’Aout trois fourches en fer – trois francs
sarcleur, croc à peser et croc à fumier – un franc
trois pioches et une barre de fer – deux francs
un fût – deux francs
deux mesures à blé – cinquante centimes
oing, viande salée et graisse – soixante francs
deux chars à filer et un à dévider et deux chaises – sept francs
soupières et tasses à café – deux francs
un bois de lit, couette traversin de balle, banc dossier et rideaux – seize francs
une armoire – trente francs
une horloge et sa cassette – six francs
une armoire – vingt cinq francs
une armoire – vingt quatre francs
une autre armoire – vingt cinq francs
un garde manger estimé douze francs
un bois de lit, couette traversin de balle, rideaux et banc dossier – dix huit francs
une maie à pâte – trois francs
une petite armoire – six francs
un bois de lit, couette traversin de balle, rideaux et banc dossier – douze francs
table de cuisine et un banc – six francs
un buffet et un vaisselier – douze francs
un bois de lit, couette traversin de balle, rideaux et banc dossier – douze francs
un sous banc – deux francs cinquante centimes
 
intérieur ferme bretonne

intérieur ferme bretonne

Grenier:
orge estimée cinquante quatre francs
avoine – dix huit francs
froment – quarante cinq francs
trois barils contenant partie de méteil – quinze francs
quenelle, crible en parchemin – deux francs
cuveau – deux francs
chanvre et fatras – dix francs
 
Ecurie:
une jument dite Mouton – soixante quinze francs
une autre dite Bail – deux cents francs
un poulain – vingt quatre francs
un vieux cheval – trente francs
quatre vaches – deux cent quarante francs
quatre petits veaux – soixante quinze francs
quatre petits cochons et une truie – soixante francs
attelage pour quatre chevaux – quinze francs
tranches – six francs
cinq crocs à fumier – quatre francs
trois râteaux et cinq fourches – six francs
trois pelles – cinq francs
une petite échelle, meule à aiguiser et un treuil – deux francs
étoupes – deux francs cinquante centimes
lin en verge – trente francs
peignes à lin – trois francs
patates – dix francs
fatras – un franc
deux bois de lit avec une couette traversin de balle – neuf francs
moutons – vingt quatre francs
une broie, deux pesselles et un pilon – deux francs
 
Aire:
paille – trente six francs
trois échelles, un traineau et un bateau – vingt un francs
un char à bancs – soixante francs
trois grandes voitures – deux cent quarante francs
charrue et équipages pour trois chevaux – quarante cinq francs
une paire de herses – dix francs
un ventilateur – quinze francs
perche et cordages pour la grève – douze francs
bois – neuf francs
quatre civières et une brouette – trois francs
 
Lingerie:
vingt draps de lit – quarante francs
douze ballins et cinq tapis – quarante francs
deux couettes – cinq francs
six nappes – neuf francs
huit torchons six serviettes – onze francs
seize sacs – seize francs
un drap à vanner – six francs
hardes des époux – quarante francs
une besace – cinquante centimes
 
froment en terre, semences, travail, fumier – cent soixante dix francs
avoine – soixante neuf francs
méteil – quarante huit francs
orge – cent quarante quatre francs
lin – vingt huit francs
chanvre – sept francs
pommes de terre – cent vingt francs
fumier – trente francs
 
Total de l’actif, deux mille six cent trente francs quatre vingt quinze centimes
dont la moitié à la communauté, treize cent quinze francs cinquante centimes
 
Biens propres au défunt:
suivant partage en date du dix huit novembre mil huit cent soixante et un, au rapport de Le Gac, notre prédécesseur, il est avenu au défunt de la succession de ses père et mère.
Des dépendances du lieu-dit Ile-Istan en Penvénan, les pièces de terre dites Parc-ar-Not, Parc-Creîs, Loguel-Trestannou et crech-Mihiec, tenues à ferme verbale par le subrogé tuteur, pour payer par an, cent neuf francs, impôts outre.
Et attendu qu’il ne reste plus rien à inventorier, et la veuve nous ayant affirmé par serment n’avoir rien pris ni détourné de la communauté, vu ni su qu’il en ait été détourné où pris, nous avons clos le présent procès verbal d’inventaire, à trois heures de relevée, montant en actif pour la communauté à treize cent quinze francs cinquante centimes et en passif à néant.
Fait et passé au domicile de la veuve en Plougrescant sous les seings de Michel Salpin et des notaires seulement, et de l’expert estimateur, les autres parties requises de signer ayant déclaré ne le savoir, les dits jour, moi et an que devant après lecture.
La minute dûment signée, et ensuite est écrit; Enregistré à Tréguier le vingt huit avril 1865 fo.163 m.c.2.Reçu quatre francs et soixante centimes de décime, signé: Bruté de Rémur
Première expédition certifiée conforme à la minute et délivrée à Marie-Jeanne Robin

 

16 mars, 2014 à 11:59 | Commentaires (0) | Permalien


- Plougrescant d’émeraude

Plougrescant, d’émeraude (auteur: Michel Magne).

Notes-de-musique

._er

 

Ecopes un peu de mer, dans le creux de ta main

Dans ses reflets de vert, les éclats du destin

Et du sel et de l’eau qui coulent entre tes doigts

Surgissent deux hérauts, sacrifiant à leur foi.

 

Crescant et Gonery ont bâti mon pays

L’un ce fut par l’épée, l’autre par sa piété,

Sur un bateau de pierre, d’île d’Eire à île d’Er

La Manche fut traversée et Plougrescant est née.

 

Tout ce qui est en bas est comme ce qui est en haut

Plougrescant d’émeraude, sont tes terres et sont tes flots,

Tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas

Presqu’île de l’échappée belle, pour toujours tu seras.

 

Engranges un peu de terre, dans le creux de ta main,

Fécondée de mystère, elle enfante tous chemins

De l’argile et du terreau qui poudrent entre tes doigts,

Naissent joncs et arbrisseaux, quand s’érige une croix.

 

Squelettes de rochers désossés sur le sable,

Une chaire à prêcher, une baie ou le diable

A construit son Enfer, l’antre de ses dragons

Aux écailles de mer et au sang noir goémon.

 

Tout ce qui est en bas est comme ce qui est en haut

Plougrescant d’émeraude, sont tes terres et sont tes flots,

Tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas

Presqu’île de l’échappée belle, pour toujours tu seras.

 

Mais sais-tu que le vent, qui caresse ta main

Rugit en façonnant la cité de demain,

De l’air froid, de l’air chaud qui soufflent entre tes doigts

Résonnent mille échos des clameurs d’autrefois.

 

Le jusant fit jaillir la beauté de Gouermel

Quand Pors Scarff et Pors Hir s’éveillaient au soleil

Une flèche de plomb, un gouffre et de la bruine,

Rocher Napoléon, pointe de Beg Vilin

 

La maison aux oreilles, la pointe du Château

Tirées de leur sommeil par les chants d’étourneaux

Revivent la naissance de tout ce qui est Un

Couleur de l’espérance, théâtre de nos fins.

 

Tout ce qui est en bas est comme ce qui est en haut

Plougrescant d’émeraude, sont tes terres et sont tes flots,

Tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas

Presqu’île de l’échappée belle, pour toujours tu seras.

Tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas

Plougrescant, ma Bretagne, j’ai vécu sous ton toit,

Tout ce qui est en bas est comme ce qui est en haut

Chantes mon dernier repos, Plougouskan, ce joyau.

 

 

plou em

pour écouter Plougrescant d’émeraude

http://www.deezer.com/album/1553552

24 novembre, 2013 à 14:07 | Commentaires (0) | Permalien


- Crec’h Chapel


« La ligne de démarcation – l’épopée des petites gens – le marin-pêcheur de Plougrescant » *

- Crec'h Chapel crech-chapel-002

 

- François s’est fait prendre de la manière la plus idiote qui soit, me dit Jean Le Bihan. Lui qui était toujours si prudent, justement parce qu’il était si brave ! Ce qui lui est arrivé est un coup de grande malchance.

« Etant à vélo, il a crevé près de la gare de Penvenan. A ce moment-là est arrivée une camionnette conduite par Louis Le Goff, qu’il connaissait bien ainsi que les gars qui étaient dedans : Paul Le Goff – même nom, mais pas parent de Louis -, Roger Le Bervet, encore un autre, et Guy Prudhomme, qui ne faisait pas partie du même groupe. Voyant François Boulard en difficulté, Louis Le Goff s’arrête, mon François embarque son vélo et monte derrière. Sous un chargement de trèfle incarnat, il y avait des armes. François était en train de mettre en garde ses camarades quand la camionnette est tombée sur une patrouille allemande. Vous imaginez la suite…

« Mme Boulard arrive à la maison, tout éperdue, et m’apprend que son mari a été amené avec les autres à Plouaret. Je la confie à ma femme et je file à Plouaret, où je demande au maire de m’indiquer un moyen pour communiquer avec François. Il m’envoie à une dame qui était chargée de nourrir les prisonniers quand les allemands voulaient bien permettre qu’on leur apporte quelque chose à manger. « « Oh, mon pauvre monsieur, vous ne le verrez pas vivant ! me dit-elle. Ce qu’ils ont pu lui faire ! Il a les yeux à moitié arrachés ! »

- Le soir de cette même journée, par conséquent le lundi 5 juin 1944, reprit Jean Boulard, j’appris que des camarades de Plougrescant avaient été arrêtés. On nous a raconté l’histoire de la camionnette, mais sans pouvoir nous dire qui était dedans. En tout cas, on a jugé prudent de se disperser, mais mon copain Charles Le Boniec, qui croyait que son frère Louis avait été pris – ils étaient quatre garçons – est resté à la ferme tandis que j’allais passer la nuit chez une tante. Le lendemain, je me lève tôt, et j’apprends que les Allemands étaient en train de faire une descente chez les Le Boniec. Ils sont entrés dans l’écurie où François, un des quatre fils, était derrière son cheval. Ils ne l’ont pas vu, sont repartis, François est monté au grenier et s’est camouflé dans le foin, qui était plein de mitraillettes. Mais sous des fagots, les Allemands ont trouvé des armes et des explosifs, et ils ont emmené Charles.

«  Ce matin-là, 6 juin 1944, on entendait sans arrêt le canon tonner au loin, je me le rappelle très bien. Après le départ des Allemands, je suis allé à la ferme Le Boniec où j’ai trouvé les deux frères de mon copain. Vers 2 heures de l’après-midi, sur mon poste à galène, j’ai pris le message de Churchill, et c’est ainsi que nous avons su que le débarquement s’était fait.

- D’où venait cette canonnade que vous entendiez ?

- Mais de là-bas, du front de Normandie.

- Mon cher camarade, vous étiez éloigné de quelque deux cents kilomètres, et séparé par la barrière du cotentin…

- Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’on entendait parfaitement le grondement ininterrompu du canon.

- Qu’est-il advenu de François Boulard, de votre ami Charles Le Boniec, et de leurs malheureux camarades?

- Vous savez déjà qu’ils ont été torturés à Plouaret. Le lendemain, ils ont été emmenés à Lanvollon, pour être jugés par un conseil de guerre qui s’était installé à l’institution des Sœurs. Une dame française de là-bas a servi d’interprète… C’est dans le bois de Guilben, sur la route de Paimpol, qu’ils ont été fusillés. Après la Libération, nous avons fait des recherches mais les corps n’ont jamais été retrouvés.

 

* Extrait du livre de REMY

 

6 avril, 2012 à 16:32 | Commentaires (1) | Permalien


- L’âme du héros

L’ÂME DU HEROS *

- L'âme du héros Henry

Je viens à mon tour devant cette pierre

Pour te saluer, jeune et fier guerrier,

Pour lancer aussi vers Dieu ma prière

Et mêler un brin de rose bruyère

A ton vert laurier!

D’autres, mieux que moi, diront tes faits d’armes

Et consoleront ta famille en deuil:

Tout en m’inclinant devant ses alarmes,

Moi je ne puis rien que verser des larmes

De joie et d’orgueil;

De joie ineffable et d’orgueil farouche,

Car le pavillon rouge, blanc et bleu

Abrite aujourd’hui la dernière couche

D’un qui sut mourir ayant dans la bouche

Deux noms: France et Dieu!

On nous avait dit: » Tout se meurt : la Gloire,

L’Idéal, la Foi, l’antique Fierté!… « 

Soudain, tu surgis au seuil de l’Histoire

Trois palmes en main : Martyre, Victoire,

Immortalité!

Et dès lors, narguant la Désespérance,

Au lieu d’entonner un noir Libera,

Nous nous écrions avec assurance :

« Tant que des Henry surgiront en France,

La France vivra! »

Son corps est là-bas…mais son Âme plane

sur ce coin d’Armor de lui tant chéri :

Elle est sur nos fronts blanche et diaphane

Avec ses amis sainte Eliboubane

Et saint Gonéry;

Elle rôdera, par landes et grèves,

Légère et ravie et grave à la fois :

Par les nuits d’été, par les nuits trop brèves.

Elle revivra tous les jolis rêves

Rêvés autrefois :

Par les sombres nuits des rudes Frimaires,

Les trop longues nuits pour qui ne dort pas,

Elle ira semer de douces chimères

Autour des lits-clos où les tristes mères

Espèrent leurs gars :

Lorsque les pécheurs verront leur gabarre

Prête à s’engloutir un soir d’ouragan,

Quelqu’un d’invisible empoignant la barre

Les pilotera sur le flot barbare

Jusqu’à Plougrescant :

Et quand les enfants sortiront de classe,

Un Être inconnu marchant auprès d’eux

Leur murmurera des mots à voix basse.

Empruntant sa voix au grand vent qui passe

Dans les chemins creux…

Et sur la falaise, et dans la prairie,

Le futur marin, le futur pâtour,

Suspendant leurs jeux, pris de rêverie,

Apprendront qu’il faut aimer sa Patrie

Et de quel amour…

Et, soudainement, chaque petit être

De ce coin béni du pays d’Armor

En lui sentira le Héros renaitre,

Jurant d’imiter sa Vie – et peut-être -

D’imiter sa Mort!

 

*  Théodore BOTREL, en hommage à l’Enseigne de Vaisseau Paul HENRY

 

 

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L’enseigne de Vaisseau Paul HENRY

    (1876 – 1900)

 

 

22 février, 2012 à 20:22 | Commentaires (0) | Permalien


- Après la Mort

- Après la Mort lebraz_foto1    Anatole Le Braz

       LA VEILLÉE DE LÔN *

 

Lorsque mourut Lôn Ann Torfado, ainsi appelé parce que sa vie durant il n’avait fait que mettre en pratique les préceptes d’Ollier Hamon le mauvais clerc, sa femme convia en vain le voisinage à venir faire près de son cadavre la veillée mortuaire.
- Je ne tiens cependant pas, se dit-elle, à veiller seule ce mécréant. J’aurais trop peur que, mort, il ne me jouât quelque farce plus vilaine encore que toutes celles qu’il m’a jouées de son vivant.
Ceci se passait un samedi soir.
Quoique l’heure fût quelque peu avancée, la femme de Lôn Ann Torfado se rendit au bourg.
Elle pensait:
- Je trouverai bien à l’auberge trois ou quatre mauvais sujets, de l’espèce de Lôn, qui ne demanderont pas mieux que de l’assister dans sa nuit dernière. Il suffira que je leur promette, pour les allécher, cidre et vin ardent, à discrétion.
Ce qu’elle prévoyait arriva.
Dans l’auberge actuellement tenue par les Lageat, et qui est à l’entrée du bourg, une troupe de buveurs menait grand tapage, en jouant aux cartes. La femme de Lôn franchit le seuil et dit.
- Y a-t-il parmi les chrétiens qui sont ici quatre hommes charitables capables de me rendre un service?
- Oui, répondit un des buveurs, pourvu qu’il ne s’agisse pas d’aller coucher avec vous, car vous avez passé l’âge.
- Il s’agit de veiller mon mari qui vient d’expirer. Je promets cidre et vin ardent à discrétion.
- Aussi bien, garçons, fit en s’adressant à ses camarades l’homme qui avait déjà parlé, l’aubergiste nous a menacés de nous jeter à la porte, au coup de neuf heures. Suivons cette, femme. Nous continuerons notre partie chez elle, et la boisson ne nous coûtera rien.
- Allons! s’écrièrent les autres.
La femme de Lôn retourna au logis, escortée de quatre gaillards à demi-soûls et qui, tout le long du chemin, braillèrent à tue-tête.
- Nous voici arrivés, dit-elle, en poussant la porte. Je vous prierai d’être un peu moins bruyants par respect pour le mort.
Il était là, le mort, allongé sur la table de la cuisine. On avait jeté sur lui la nappe au pain, le seul linge à peu près convenable qu’il y eût dans la maison. Le visage toutefois était à découvert.
- Hé! mais, s’écria un des veilleurs improvisés, c’est Lôn Ann Torfado !
- Oui, répondit la veuve. Il a trépassé dans l’après-midi.
Elle alla à une armoire, en tira verres et bouteilles, disposa le tout sur le banc-tossel et dit aux hommes:
- Vous boirez à votre soif. Moi, je vais me coucher.- Oui, oui, vous pouvez laisser Lôn à notre garde. Nous l’empêcherons bien de s’échapper.
La femme partie, les hommes s’installèrent. à une petite table placée près du mort, sur laquelle brûlait une chandelle et où un rameau de buis trempait dans une assiette pleine d’eau bénite.
Je ne vous ai pas encore dit leurs noms. C’étaient Fanch Vraz, de Kerautret, Luch ar Bitouz, du Minn-Camm, et les deux frères Troadek de Kerelguin. Tous, gens résolus et sans souci, que la présence d’un cadavre n’était pas pour impressionner.
Fanch Vraz sortit de la poche de sa veste un jeu de cartes qui ne le quittait jamais. – Coupe! dit-il à Guillaume Troadek. Et voilà le jeu en train. Une heure durant, on joua, on but, on jura et sacra. En entrant, les gars n’étaient ivres qu’à demi; ils l’étaient maintenant tout à fait, sauf le plus jeune des Troadek. Celui-là avait un peu plus de pudeur que les autres. – Tout de même, garçons, dit-il, ce n’est pas bien ce que nous faisons là. Ne craignez-vous pas que nous ayons à nous repentir de nous comporter ainsi à l’égard d’un mort ? Nous n’avons seulement pas récité un De profundis pour le repos de son âme.
- Ho ! ho ! ho ! ricana Luch ar Bitouz, l’âme de Lôn Ann Torfado! Si tant est qu’il en ait jamais eu une, elle aimerait mieux jouer et boire avec nous que d’entendre réciter des De profundis!
- Sacré Dié, oui! appuya Fanch Vraz. C’était un fier chenapan que ce Lôn, Je suis sûr, tout mort qu’il est, que, si on lui proposait une partie, il l’accepterait encore.
- Ne dis pas de ces choses, Fanch.
- Nous allons bien le voir!
Joignant le geste à la parole, il brassa les cartes et, comme c’était à lui la donne, au lieu de quatre jeux, il en fit cinq.
- Vieux Lôn! cria-t-il, il y en a pour toi.
Alors se passa une chose terrible à dire.
Le mort, dont les mains étaient jointes sur la poitrine, laissa glisser peu à peu son bras gauche jusqu’à la table des joueurs, posa la main sur les cartes qui lui étaient destinées, les éleva au-dessus de son visage, comme pour les regarder, puis en fit tomber une, pendant qu’une voix formidable hurlait par trois fois:
- Pique et atout, damné sois-je! Pique et atout Pique et atout!
Nos quatre lurons, d’abord pétrifiés par l’épouvante, eurent vite fait de trouver la porte. Et ce ne fut pas Fanch Vraz, malgré toute sa forfanterie, qui demeura le dernier.
Ils se précipitèrent devant eux, dans la nuit, sans se demander quelle route ils faisaient. Jusqu’à l’aube, ils vaguèrent ainsi, par les champs, semblables à des taureaux affolés.
Lorsque, avec le jour, ils regagnèrent enfin chacun leur maison, ils avaient tous au cou la couleur de la mort. Fanch Vraz expira dans la semaine.
Les autres en réchappèrent de justesse après avoir tremblé pendant près d’une année, terrassés par une fièvre mystérieuse dont ils ne purent guérir qu’à force d’absorber de l’eau de la fontaine de Saint-Gonéry.

(Conté par Jeanne-Marie Corre – Penvénan, 1886.)

 


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* Extrait de  » La légende de la Mort chez les Bretons Armoricains  » d’Anatole Le Braz

19 février, 2012 à 21:51 | Commentaires (0) | Permalien


- L’île Ivinek

L’île Ivinek (ou Enez ar Penner)

- L'île Ivinek ile-ivinec003-300x206

A mes côtés se dresse avec sa haute crête,

L’île au Penner. J’y vois assise sur le faîte

Une pauvre chaumière, asile d’un grand coeur.

Le bon père Louarn vit, modeste pêcheur,

Sur ce poste avancé, comme une sentinelle.

Au moindre cri d’alarme il apparaît fidèle;

Sans crainte ni calcul, il s’élance au secours

Des naufragés : cent fois il a risqué ses jours.

Sur sa mâle poitrine  il porte une médaille,

Que nul n’a mieux gagné en aucune bataille.

Des hommes dont la gloire est d’honorer le bien,

Ont gravé les hauts faits de l’humble plébéien,

Et décrit les vertus de cette âme biblique.

Mais l’orgueil n’atteint pas ce héros pacifique;

Il prodigue sa vie avec simplicité,

Sans autre ambition; c’est là sa volupté.

Extrait de « NOTRE-DAME DE KERGONET »  par Léon HENRY -1890-

19 février, 2012 à 19:48 | Commentaires (0) | Permalien


- Des tisserands

Un de Plougrescant *

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Long, osseux, les traits accentués, taillés à coups de serpe, tel m’apparaît, bien arqué sur ses jambes, Le Gonidec.

Comme son nom l’indique, il est breton bretonnant, trégorrois de Plougrescant. C’est naturellement un marin de commerce.

Le monde n’a plus de secret pour lui, il l’a parcouru en tous sens, en long, en large, comme affirme son « pays » Hervé. Il a trimardé, trainé, sué, soufflé, bien bu et bien mangé, beaucoup vu, beaucoup retenu.

Il a l’oeil observateur de l’homme de quart, l’oreille musicienne du Celte, l’esprit mathématique et calculateur de son Trégor.

Comment est-il venu ici ?

Vieil inscrit maritime, il fut versé, la guerre venue, dans l’Infanterie de ligne. Cela ne lui souriait pas du tout à lui qui, depuis sa dixième année, navigua par toutes les mers, d’être ainsi mélangé aux terriens.

Au rapport de sa Compagnie, on demandait, pour une usine, des tisserands, des fileurs, des cardeurs.

Le Gonidec se fit inscrire, affirmant que jadis, oh! cela est très vieux, il avait lancé la navette là-bas, du côté de Lannion.

On eut demandé, au rapport, des mécaniciens, des chauffeurs, des tourneurs, des cordonniers, qu’il eut, tout aussi bien, donné son nom.

Comment un marin de commerce, un breton bretonnant qui, depuis toujours, traîne sa carcasse par tous les océans; que l’on vit, parlant en pure langue brette dans toutes les tavernes des ports cosmopolites, chargeant et déchargeant : balles de laines, étoupes et lins, bois et charbons, cuirs et peaux, fers et ferrailles, comment un tel homme ignorerait-il une profession, si spéciale fut-elle?

Quand Le Gonidec se présenta, gauche, embarrassé sous sa capote de territorial, l’air décidé pourtant, le livret individuel grossi de nombreux embarquements, de campagnes aussi glorieuses que lucratives, le directeur, de suite, jugea cet homme précieux.

- Vous irez au loup, mon ami…

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Et Le Gonidec qui, au cours de sa carrière aventureuse, avait affronté les plus graves dangers, les phoques, les baleines, les tigres, les serpents et les femmes, Le Gonidec n’eut pas peur. Il s’en fut au loup…

A dire vrai, il n’avait jamais vu d’autres loups que ceux, vieux, gâteux, vicieux, qui hantent les ménageries foraines…

Il ne pouvait concevoir que, dans quelqu’usine de guerre, existait un loup d’acier, de fer, de bois et de fonte…

- Connaissez-vous le fonctionnement de cette machine ? lui demanda, légèrement narquois, un contremaître.

- Démontez la machine, pièce à pièce, entièrement, répondit le marin. Je tournerai le dos pendant l’opération.

Les pièces éparpillées sur le sol, Le Gonidec remonta le « loup », sans hésiter, sans se tromper, merveilleusement.

Tous demeurèrent pleins d’admiration respectueuse pour ce grand gaillard, breton bretonnant, qui, fumant sa courte pipe, les regardait de son oeil railleur de Trégorrois…

* Extrait de « De Roscanvel à Landavran » de Jean CHOLEAU – 1946 -

19 février, 2012 à 17:47 | Commentaires (0) | Permalien


- Le Pardon de Saint-Gonéri

Le Pardon de Saint Gonéri

à Plougrescant*

(23, 24 et 25 JUILLET 1892) 

O Sent koz Plouvouskan, c’houi ne’n hoc’h ket maro :

Gret d’imb karet Doue hag enori hon bro ! 

Gret d’imb kanan bepred hon c’hanouenno koz,

Vel ma kanfomp eun de, du-hout, er baradoz ! 

                     A mon ami, le chanoine Le Pon. 

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I

Samedi soir, 23 juillet. – Neuf heures. Les cloches sonnent. La grande Eglise Neuve n’a pas un cierge allumé ; seule, la lampe du sanctuaire clignote, lueur rougeâtre, comme un œil épouvanté. Dans la nuit grise du chœur, les prêtres silencieux se groupent et, le long de la nef, se croisent en chuchotant des fantômes de fidèles. Les cloches, par larges vibrations, frappent l’air de grands coups d’ailes comme pour de hautes envolées. Dans la fenêtre du clocher, doucement se meurent les lueurs dernières du couchant, et, sur ses deux étroites baies jumelles encore lumineuses, deux cordes noires se détachent, où sont pendus, couple étrange, le sonneur et la sonneuse. Les voilà qui se dressent, les bras tendus effroyablement par on ne sait quoi qui les attire là-haut. Les deux silhouettes maigres se profilent,longues, longues, douloureusement. Les voilà qui se resserrent et se replient, et se rapetissent et s’affaissent, et maintenant disparaissent, masquées par la balustrade de la tribune. Et les voilà qui remontent, fantastiquement effilées, si maigres, si longues, encore tirées par ce qu’on ne voit pas. En haut, en bas, disputées par les forces invisibles, elles montent et descendent ainsi, les pauvres ombres, toujours.

La croix se dresse dans le chœur. Les petits choristes rouges et violets l’entourent ; les prêtres et les moines se mettent en marche vers la Vieille Eglise du Saint, dont la cloche grêle tinte comme un rappel triste d’aimer encore ce qui n’est plus. La nuit du ciel est toute bleue, sans étoiles. Les étoiles sont sur la terre, cette nuit : cierges qui scintillent en avant, parmi les croix et les bannières ; chandelles de cire aux petites fenêtres du bourg et, là-bas, dans le bois de saint Gonéri, autour de sa chapelle, à tous les arbres, verres et lanternes pendus, éclairant l’ombre verte d’une allégresse de couleurs.

La Chapelle n’est que lumières et que feuillages et que fleurs. Cà et là pourtant ses murs blancs semés d’hermines apparaissent et, tout là-haut, sur ses arceaux de bois, l’histoire de la Rédemption du monde s’offre aux regards, très naïvement peinte.

L’autel est rayonnant, mais sous la voûte du clocher resplendit bien plus encore le triomphe de la Sainteté. Parmi les palmes vertes et les guirlandes de fleurs, deux reliquaires d’or étincellent à la lueur des cierges ; dans l’un, de longs ossements gris ; dans l’autre, le chef très vénérable du Saint, sommé d’une impériale couronne d’or. Le sol est jonché de branchages ; en avant des précieuses reliques, en pleine lumière, deux statues de bois peint couvertes d’étoffes précieuses : à droite, saint Gonéri, la crosse en main, vêtu d’une chasuble de soie sur une aube brodée ; à gauche, sainte Eliboubane, sa mère, en duchesse, couronne au front, dans une robe de velours bleu que recouvre un voile de tulle parsemé d’étoiles d’or. Au fond, dans le mystère de l’ombre, le tombeau du Saint et l’auge de granit qui fut son bateau vers l’Armor, allongent leurs formes grises.

Le cantique éclate à la gloire des deux Saints, les femmes seules chantant le couplet, toute la foule répétant le refrain.

Koneri ha Liboubana 

Ni ho salud bepred gant joa 

Abeurz Doue reit d’imp bennoz 

Ha gras da vond d’ar baradoz. 

Et la procession reprend sa marche, sous le ciel bleu dont les étoiles sont tombés sur la terre, en l’honneur des Saints de Plougrescant. Et par les petits chemins que bornent de hauts talus couronnés d’ajoncs, elle va serrant ses files lentes de croix, de bannières, de cierges et de statues. Derrière, la foule est comme un océan noir que moutonnent des vagues de coiffes blanches. Sur les talus, des deux côtés, des têtes, rien que des têtes aux yeux extasiés, aux lèvres murmurantes ! Et ces regards anxieux et ces prières émues, dans la nuit, semblent monter d’un Purgatoire dont les âmes implorent les joies Paradisiaques. Et le cantique, disant le rêve des pauvres âmes, joyeux et douloureux, emplit l’air d’une immense clameur d’espoir :

Abeurz Doue reit d’imp bennoz 

Ha gras da vond d’ar Baradoz! 

Le Purgatoire ! C’est lui, ce petit champ du Kélen où la procession s’arrête, borné aussi de hauts talus, entouré de ces têtes pâles, plein de cette foule noire aux ailes de coiffes blanches. Des chants latins retentissent, des lueurs hésitantes courent, des étincelles s’éparpillent dans la nuit bleue, des gerbes de lumières s’entr’ouvrent, des étoiles montent dans le ciel comme des âmes enfin délivrées. Des deux côtés flambent d’immenses brasiers dont les langues de feu s’allongent et s’envolent, agitant d’une danse fantastique cette immobilité, éclairant d’une lumière terrible la foule noire où les faces blanches extatiques se multiplient.

Peu à peu, derrière les croix et les cierges, derrière les bannières et les statues, derrière les prêtres et derrière les Saints, la foule disparaît, on ne sait où, mystérieusement, le long  des petits chemins ou dans la nuit bleue, là-haut, peut-être !

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Dimanche 24 juillet. – Comme la Vieille Eglise est trop petite, c’est dans le bosquet, devant le calvaire de granit, qui est aussi une chaire à prêcher, que la messe sera célébrée.

L’autel est dressé sur le banc de pierre qui entoure le calvaire. Une voile de navire étend son ombre au-dessus. Partout flottent des étendards, jaunes et noirs aux armes de saint Yves, tout blancs semés des hermines de Bretagne, blancs et jaunes en l’honneur du Pape, et rouges et verts et bleus. Là-bas, alignés contre un mur, ce sont les pavillons des bateaux de pêche. De chaque côté de l’autel, deux drapeaux de France, offerts jadis par les marins de Plougrescant au retour de la guerre de Chine. Chaque année, ce sont les veuves de ces braves qui réparent la soie tricolore. On les voit à toutes les fêtes, ces drapeaux, et leurs devises se déploient à toutes les processions du pays. Sur l’un :

Evit Doue hag ar Vrô 

Enor da Sant Goneri. 

Sur l’autre :

Honneur et Patrie 

Gloire à Saint Gonéri. 

Ils flotteront toute la journée sur la terre du Saint, allant de la chapelle à l’Eglise, de l’Eglise au Presbytère, pour accompagner les Patrons ou pour reconduire les prêtres. Ils salueront, en s’inclinant trois fois en avant, en se croisant l’un l’autre de gauche à droite et de droite à gauche, et, malgré le vent qui secoue leurs grands plis de soie, ils dresseront, au bras de ces hommes forts, toute la journée, leurs longues hampes, fièrement.

Le prêtre est à l’autel, et tout le peuple a les yeux fixés sur lui. Sa chasuble de forme ancienne est faite d’un vieille étoffe qu’on vénère comme un vêtement de saint Gonéri.

Voici que, derrière l’autel, dans la chaire de granit, au pied du calvaire, un capucin apparaît. Et vraiment, sous ces arbres, au pied de cette croix, parmi cette foule pieuse, que ce moine évangélise en langue bretonne, c’est comme une vision du Moyen Age ; c’est un retour bienheureux vers le temps de la Foi ; c’est une heure de prière et d’espérance.

La messe est terminée. Aussitôt deux hommes se place devant le porche de l’église, portant sur leurs épaules le reliquaire où repose le chef vénérable du Saint. Et tous courbent la tête et passent, pieusement inclinés sous la relique. Des mendiants sont là qui font la haie jusqu’à la porte, les mains tendues, les yeux vagues, la voie suppliante.

C’est un remous violent du peuple qui se presse ; ce sont des voies d’enfants, des lamentations de pauvres ; c’est la fanfare qui joue des airs bretons ; ce sont des coups de boîtes et des chants de prêtres lointains. Et c’est le cantique partout, le cantique de la Mission, le cantique à la gloire de la Mère du Saint.

« Est-ce bien la même, dit une femme près de moi, si richement habillée ?

- Certes.

- Vous en êtes sûr, au moins ?

- Très sûr.

- C’est la joie, alors, qui l’aura ainsi rajeunie, Monsieur. Pensez donc, c’est la première fois qu’elle vient à Plougrescant voir son fils, la bonne mère ! Tous les ans, lui, va, le lundi des Rogations, la voir, elle, dans son île de Loaven. C’est Monsieur le Recteur qui l’a invitée à la Mission, et demain, nous irons tous la reconduire chez elle…Oh ! sûr qu’elle est joyeuse et toute embellie ! »

Les vêpres sont dites. La procession va se rendre de la Chapelle à l’Eglise Neuve. La petite cloche grêle répond par coups précipités aux larges vibrations de l’ample sonnerie. La foule est énorme, mais sa joie est grave et recueillie. Je n’ai pas entendu à Plougrescant, pendant ces inoubliables journées, une parole qui fût discordante ; à peine si j’ai pu regretter la présence de deux chanteurs ambulants, dégoisant la complainte des petits ramoneurs de Fougères ; c’est la seule chose française et vulgaire qui ait troublé la haute harmonie bretonne de ce Pardon. Les soirs même, le bourg demeurait grave, et, par les routes, aux environs, le seul bruit des voitures ou des pas ou des conversations à voix basse accentuait le religieux silence des retours.

Voici la procession : la croix à clochettes et les cierges et les petits choristes rouges et violets marchent en tête ; puis se sont des jeunes filles en blanc, avec un ruban bleu sur la poitrine ; elles ont la grande coiffe de Plougrescant aux deux larges cornets de dentelle ; voici les pavillons des barques précédant la statue de sainte Eliboubane que portent des femmes vêtues de noir. Elles sont trente-six qui alternent pour ce pieux devoir. Graves et recueillies, elles font une garde d’honneur à la Sainte. De grandes dames, on dirait ; ce sont des femmes de pêcheurs, de goémoniers, de marins de l’Etat et du commerce. La Sainte est toute éclatante, duchesse radieuse parmi sa Cour noire.Ce sont maintenant des enfants qui portent des bateaux pavoisés ; puis, la bannière de saint Yves ; la statue de la Sainte Vierge apparaît dans des flots de mousseline blanche. Voici la statue de saint Gonéri et les précieuses reliques, escortées par les grands drapeaux de France ; puis les moines et les prêtres, le maire et son conseil et la foule des fidèles.

La procession entre dans la Grande Eglise.

Le bon recteur monte en chaire. C’est un vrai breton, celui-là, un cœur chaud, une imagination ardente, un enthousiaste des choses de la Bretagne et de la foi ; son discours est l’expansion de son âme.

Le Salut est chanté ; puis, la bénédiction donnée par les deux moines, la bénédiction pontificale, donnée avec leurs croix de bois.

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Lundi 25 juillet. – Cinq heures du matin. Le ciel est brumeux, le vent de mer souffle en tempête. La procession a quitté la Vieille Chapelle pour reconduire en son île la mère de saint Gonéri. Dans l’aube grise, très grande est la tristesse de notre marche, par les petits chemins tortueux, flanqués de haut talus, qui conduisent à la mer. En avant de la procession, j’entends un son triste de cloche ; on dirait la cloche des morts ; les pas frappent lugubrement le sol, et le cantique, hier si joyeux, s’attriste de lenteur dans cette brume. Nous marchons longtemps. La mer apparaît enfin devant nous ; le vent fait claquer les drapeaux et les bannières ; les rudes gars de Plougrescant ont fort à faire pour les tenir droits. Les voies aigües des femmes sont douloureuses et le refrain tombe pesamment, alourdi par les voix graves des marins.

 

Voici Loaven, une des nombreuses îles de cette baie d’enfer, qui, malgré la tempête, est aujourd’hui la Baie du Ciel. La petite île s’étend là comme une longue bête, verte et grise, s’essayant à sortir de la mer. Le vent redouble, les nuages courent plus pressés et plus sombres ; la mer est hérissée de pointes grises de rochers et de lames blanches qui déferlent ; plus loin, le Sillon de Talbert, le Min-Buaz, les Héaux, le Pan de Bréhat. Nous descendons vers le rivage. Toutes les barques de pêche sont là. La grève est semée de gros cailloux gris ; nous la traversons pour nous diriger vers notre barque.

C’est le moment des adieux. La foule entoure les Saints ; sainte Eliboubane se penche vers saint Gonéri pour lui donner le dernier baiser ; mais voici que, dans la pieuse accolade, le voile dela Sainte s’accroche à la crosse du Saint.« Elle ne veut pas partir, disent les femmes ; elle veut rester avec son fils ; il faut qu’elle reste avec nous, on ne doit pas la violenter. »

Par bonheur, le voile, dans un mouvement des porteuses, se détache et la foule consent au départ de la Sainte. Elle monte dans la barque qui l’attend, une barque sans voiles, de peur que, dans une secousse, quelque toile ou quelque mât ne l’effleure. La barque part sous la poussée des avirons qui clapotent. Tous les bateaux s’emplissent ; il ne reste plus au rivage que la garde d’honneur de saint Gonéri et quelques femmes que la grosse mer effraie.

Nous partons. Notre barque a nom Yves-Goneri : c’est assez dire qu’elle est la filleule du recteur ; c’est le plus beau bateau de la côte ; Cloarec en est le patron, un nom prédestiné. La flottille est noire et les voiles sombres sous ce gros temps. Notre bateau file vite, à peine penché, mais là-bas, à droite, nous apercevons une petite barque fortement secouée ; un instant même, nous la voyons tellement couchée que l’eau la menace, et nous avons peur ; mais soudain le mât casse, la petite barque se redresse, elle est sauvée et nous rejoint bientôt parmi les rochers de l’île. Et les passagers qu’elle amène s’inclinent pieusement devant la Sainte dont la protection s’est manifestée pour eux.

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Les femmes débarquent sur le dos des hommes ; on nous met une planche, avec, pour garde-fou, un aviron tenu à chaque bout par deux marins.
La Sainte est portée respectueusement, vers les femmes qui l’attendent, par deux pêcheurs entrés dans l’eau jusqu’à mi-jambe. Le gouverneur de l’île, Louis Le Corre, sa femme et ses enfants conduisent la procession vers l’Oratoire de
la Sainte. Il est bâti de l’autre côté de l’île, à cinquante pas de l’ancienne chapelle, dont il ne reste que quelques pans de murs, non loin du mûrier fameux, qui plonge ses racines tortueuses dans les vagues.

A droite, s’élève le rocher qui sert d’autel, aux Rogations, quand saint Gonéri vient faire sa visite annuelle à sa mère. Les porteurs de bannières grimpent au sommet du rocher, d’autres l’entourent ; un des moines adresse quelques paroles aux fidèles, et la Sainte qui attendait à la porte de son oratoire, la franchit. On la replace sur son autel.

Nous défilons tous dans la petite chapelle, et tristes, comme si nous avions en nous une piété de moins, nous reprenons le chemin du rivage.

A gauche, on me montre une croix surmontée d’une sorte de pointe ; c’est un bonnet phrygien, me dit-on, dont on décorait les croix pour les sauver, aux jours de la Terreur.

Nous montons dans notre barque, et un bon vent arrière nous pousse au continent en quelques minutes.

Puis la procession se forme, plus triste, sans la Sainte, et va reconduire le Saint dans sa chapelle. Et la petite cloche de Lan-Goneri laisse tomber ses pauvres notes grêles, tristes comme de petites larmes.

Il est dix heures. Et c’est fini. Les chants ont cessé, et les prières. Il faut se réveiller de l’extase et rentrer dans la vie.

O petits saints de Plougrescant, quels jours heureux j’ai passé près de vous ! Bons vieux petits saints, merci, qui m’avez rendu mes premiers rêves, mes rêves d’enfant pieux, enveloppé de foi, bercé d’espérance, dans le bonheur de la sainte maison paternelle.

Je n’oublierai jamais ces lentes marches pieuses. Chantant le même cantique, toujours, les yeux fixés sur la même croix, enfin sorti de ce moi qui se contemple et raisonne, je me suis perdu dans la foule Sauvage. Et son âme est entrée en moi, pendant ces heures très douces ; et, mieux que le petit riche d’autrefois, dont la prière n’était qu’un cantique de reconnaissance, je fus vraiment ce petit enfant du peuple, le fils des pauvres qui ne savaient rien, l’humble qui ne saura rien non plus, sinon que le ciel est bleu, qu’il ya des étoiles et que, pour ceux qui souffrent sur la terre ou qui sont exposé au péril de la mer, les Saints veillent, là-haut, pour les protéger.

* Extrait de « La Bretagne qui Croit – Pardons et Pélerinages » de Louis TIERCELIN – 1894 -

19 février, 2011 à 16:32 | Commentaires (0) | Permalien


- Le Monument aux Morts

 

« N’oubliez jamais les enfants de Plougrescant morts pour la France »

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  Edifié pour rendre hommage aux Plougrescantais morts durant la première guerre mondiale, le Monument aux Morts de Plougrescant fût inauguré le 15 août 1922 par Yves Le Trocquer, Ministre des Travaux Publics , en présence , entre autres de Gustave de Kerguézec, Sénateur et président du Conseil Général des Côtes du Nord et d’Yves-Marie Rémond, Maire de Plougrescant.  

discours de Gustave de Kerguézec  - 15 août 1922

 Aux 76 morts de la Grande Guerre vinrent s’ajouter, à la suite des conflits du XXème siècle, 33 autres noms à la funeste liste énumérée chaque année lors de la cérémonie du 11 novembre par un représentant des anciens combattants de la Commune. 

 Voici le tragique destin de trois d’entre eux:

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***

26 février 1916 – le torpillage du « Provence II » *

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 Construit en 1905 aux Chantiers de Penhoët à Saint-Nazaire «La Provence » est à sa mise en service le plus grand et le plus rapide paquebot français.  Réquisitionné en août 1914 « La Provence » est transformée en croiseur auxiliaire et prend le nom de « Provence II », il est affecté en mer Méditerranée aux transports de matériel et de troupes à destination du front d’Orient.  Le 23 février 1916, sous le commandement du Capitaine de Frégate Vesco, il quitte Toulon pour Salonique en Grèce, avec à son bord 2000 militaires des 3ème Régiment d’Infanterie Coloniale et 372ème Régiment d’Infanterie destinés au renfort des troupes combattant en Macédoine, et environ 400 hommes d’équipage.  Le 26 février vers 15 heures, alors qu’il se trouve au large du Cap de Matapan, « Provence II » est touché sur tribord par une torpille tirée par le sous-marin allemand U-35, commandé par Lothar von Arnault de la Périère.  Le commandant donne l’ordre d’évacuer le navire, mais les canots de sauvetage sont en nombre insuffisant et tous les hommes du bord ne peuvent y embarquer. « Provence II » coule en 17 minutes, faisant environ un millier de disparus dont le commandant Vesco, qui conformément au code d’honneur de la marine, se laissera engloutir avec son navire.

 

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 Le navire fut cité à l’ordre de l’armée : « Le croiseur auxiliaire Provence II torpillé le 26 février 1916 en méditerranée, a disparu avec une partie de son équipage qui a fait preuve jusqu’au dernier moment, du plus grand courage et du plus grand sang froid. »

***

Trois Plougrescantais, Matelots-Chauffeurs à bord, sont au nombre des victimes:

Guillaume Stévénnou (24 ans), Hippolyte Urvoas (32 ans) et son frère Adrien (30 ans).

Deux autres natifs de Plougrescant ont également disparu lors du naufrage:

Jean-Marie Ollivier (47 ans) Second-Maître Mécanicien, figure sur le Monument aux Morts de Tréguier et Joseph Guyomard (23 ans) Matelot-Chauffeur sur celui du Havre.

***

« N’oubliez jamais les enfants de Plougrescant morts pour la France » : telle est l’inscription figurant en lettres d’or sur le Monument aux Morts, mais le temps passe et efface de nos mémoires le souvenir de leur sacrifice.

* ce récit du naufrage est la synthèse de plusieurs autres récits trouvés sur internet

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26 janvier, 2011 à 13:13 | Commentaires (0) | Permalien


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