quelques pages d'histoire(s) de Plougrescant

- Castel-Meûr

Castel Meûr.- Le grand corbeau 

 

- Castel-Meûr pt8985

  Au nord c’est Castel-Meûr. Au flanc du grand rocher,

- Comme au sein maternel l’enfant vient s’attacher,-

Paraît un petit toit. Pour se guérir du monde,

Là vivait Kerguezec 1, seul en face de l’onde,

Au milieu du fracas des gouffres écumants.

Le flot toujours s’y rue avec des grondements

De tonnerre en courroux. La sinistre tempête

Pour les cœurs tourmentés c’est la salve de fête.

L’orage intérieur n’est qu’un bourdonnement,

Qui se calme et se fond dans le rugissement

Des foudres et des flots. Les passions humaines

Devant l’immensité n’ont que des ardeurs vaines.

L’ermite, en écoutant la voix de l’infini,

Déjà s’entrevoyait, dans le ciel réuni

A l’âme de sa fille 2. Alors la poésie

Jaillissait de sa lèvre en ode, en élégie ;

Et levant son regard jusqu’à l’éternité,

Il chantait la grandeur de la Divinité.

 

Mais la brise m’apporte une plainte effroyable:

Quel est l’infortuné que la douleur accable?

Est-ce un mourant qui souffre, avant d’entrer aux cieux.

Et jette encore vers nous ses déchirants adieux ?

Des horizons du nord est-ce un affreux présage,

Un lugubre signal d’horreur et de carnage ?–

Ce n’est point des mortels le rauque râlement :

Au loin l’écho répète un long croassement.

C’est bien le noir Brân Brâz 3, funèbre sentinelle,

Qui veille sur l’abîme où le flot amoncelle

Sa neige et ses torrents. Sombre et terrible oiseau,

Pilleur des naufragés en leur mouvant tombeau,

Sinistre, il vient planer sur l’humide cratère

Où la vague bouillonne… infernale chaudière !

Il défend ces abords au plus hardi pêcheur :

C’est le corbeau géant qui garde Castel Meûr.

     Extrait de « NOTRE-DAME DE KERGONET »

 par Léon HENRY 4 -1890- 

1 : Gustave de Kerguézec, fit bâtir la maison de Castel-Meur en 1861, son fils fût maire de Plougrescant de 1908 à 1919

2 : Marie–Thérèse-Arthémise décédée en 1871 à l’âge de 4 ans ½ 

3 : Le Grand Corbeau

4 : Oncle de l’enseigne de vaisseau Paul Henry

 

1 novembre, 2010 à 10:05


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