quelques pages d'histoire(s) de Plougrescant

- Des tisserands

Un de Plougrescant *

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Long, osseux, les traits accentués, taillés à coups de serpe, tel m’apparaît, bien arqué sur ses jambes, Le Gonidec.

Comme son nom l’indique, il est breton bretonnant, trégorrois de Plougrescant. C’est naturellement un marin de commerce.

Le monde n’a plus de secret pour lui, il l’a parcouru en tous sens, en long, en large, comme affirme son « pays » Hervé. Il a trimardé, trainé, sué, soufflé, bien bu et bien mangé, beaucoup vu, beaucoup retenu.

Il a l’oeil observateur de l’homme de quart, l’oreille musicienne du Celte, l’esprit mathématique et calculateur de son Trégor.

Comment est-il venu ici ?

Vieil inscrit maritime, il fut versé, la guerre venue, dans l’Infanterie de ligne. Cela ne lui souriait pas du tout à lui qui, depuis sa dixième année, navigua par toutes les mers, d’être ainsi mélangé aux terriens.

Au rapport de sa Compagnie, on demandait, pour une usine, des tisserands, des fileurs, des cardeurs.

Le Gonidec se fit inscrire, affirmant que jadis, oh! cela est très vieux, il avait lancé la navette là-bas, du côté de Lannion.

On eut demandé, au rapport, des mécaniciens, des chauffeurs, des tourneurs, des cordonniers, qu’il eut, tout aussi bien, donné son nom.

Comment un marin de commerce, un breton bretonnant qui, depuis toujours, traîne sa carcasse par tous les océans; que l’on vit, parlant en pure langue brette dans toutes les tavernes des ports cosmopolites, chargeant et déchargeant : balles de laines, étoupes et lins, bois et charbons, cuirs et peaux, fers et ferrailles, comment un tel homme ignorerait-il une profession, si spéciale fut-elle?

Quand Le Gonidec se présenta, gauche, embarrassé sous sa capote de territorial, l’air décidé pourtant, le livret individuel grossi de nombreux embarquements, de campagnes aussi glorieuses que lucratives, le directeur, de suite, jugea cet homme précieux.

- Vous irez au loup, mon ami…

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Et Le Gonidec qui, au cours de sa carrière aventureuse, avait affronté les plus graves dangers, les phoques, les baleines, les tigres, les serpents et les femmes, Le Gonidec n’eut pas peur. Il s’en fut au loup…

A dire vrai, il n’avait jamais vu d’autres loups que ceux, vieux, gâteux, vicieux, qui hantent les ménageries foraines…

Il ne pouvait concevoir que, dans quelqu’usine de guerre, existait un loup d’acier, de fer, de bois et de fonte…

- Connaissez-vous le fonctionnement de cette machine ? lui demanda, légèrement narquois, un contremaître.

- Démontez la machine, pièce à pièce, entièrement, répondit le marin. Je tournerai le dos pendant l’opération.

Les pièces éparpillées sur le sol, Le Gonidec remonta le « loup », sans hésiter, sans se tromper, merveilleusement.

Tous demeurèrent pleins d’admiration respectueuse pour ce grand gaillard, breton bretonnant, qui, fumant sa courte pipe, les regardait de son oeil railleur de Trégorrois…

* Extrait de « De Roscanvel à Landavran » de Jean CHOLEAU – 1946 -

19 février, 2012 à 17:47


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