quelques pages d'histoire(s) de Plougrescant

- L’âme du héros

L’ÂME DU HEROS *

- L'âme du héros Henry

Je viens à mon tour devant cette pierre

Pour te saluer, jeune et fier guerrier,

Pour lancer aussi vers Dieu ma prière

Et mêler un brin de rose bruyère

A ton vert laurier!

D’autres, mieux que moi, diront tes faits d’armes

Et consoleront ta famille en deuil:

Tout en m’inclinant devant ses alarmes,

Moi je ne puis rien que verser des larmes

De joie et d’orgueil;

De joie ineffable et d’orgueil farouche,

Car le pavillon rouge, blanc et bleu

Abrite aujourd’hui la dernière couche

D’un qui sut mourir ayant dans la bouche

Deux noms: France et Dieu!

On nous avait dit: » Tout se meurt : la Gloire,

L’Idéal, la Foi, l’antique Fierté!… « 

Soudain, tu surgis au seuil de l’Histoire

Trois palmes en main : Martyre, Victoire,

Immortalité!

Et dès lors, narguant la Désespérance,

Au lieu d’entonner un noir Libera,

Nous nous écrions avec assurance :

« Tant que des Henry surgiront en France,

La France vivra! »

Son corps est là-bas…mais son Âme plane

sur ce coin d’Armor de lui tant chéri :

Elle est sur nos fronts blanche et diaphane

Avec ses amis sainte Eliboubane

Et saint Gonéry;

Elle rôdera, par landes et grèves,

Légère et ravie et grave à la fois :

Par les nuits d’été, par les nuits trop brèves.

Elle revivra tous les jolis rêves

Rêvés autrefois :

Par les sombres nuits des rudes Frimaires,

Les trop longues nuits pour qui ne dort pas,

Elle ira semer de douces chimères

Autour des lits-clos où les tristes mères

Espèrent leurs gars :

Lorsque les pécheurs verront leur gabarre

Prête à s’engloutir un soir d’ouragan,

Quelqu’un d’invisible empoignant la barre

Les pilotera sur le flot barbare

Jusqu’à Plougrescant :

Et quand les enfants sortiront de classe,

Un Être inconnu marchant auprès d’eux

Leur murmurera des mots à voix basse.

Empruntant sa voix au grand vent qui passe

Dans les chemins creux…

Et sur la falaise, et dans la prairie,

Le futur marin, le futur pâtour,

Suspendant leurs jeux, pris de rêverie,

Apprendront qu’il faut aimer sa Patrie

Et de quel amour…

Et, soudainement, chaque petit être

De ce coin béni du pays d’Armor

En lui sentira le Héros renaitre,

Jurant d’imiter sa Vie – et peut-être -

D’imiter sa Mort!

 

*  Théodore BOTREL, en hommage à l’Enseigne de Vaisseau Paul HENRY

 

 

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L’enseigne de Vaisseau Paul HENRY

    (1876 – 1900)

 

 

22 février, 2012 à 20:22


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