quelques pages d'histoire(s) de Plougrescant

- Crec’h Chapel


« La ligne de démarcation – l’épopée des petites gens – le marin-pêcheur de Plougrescant » *

- Crec'h Chapel crech-chapel-002

 

- François s’est fait prendre de la manière la plus idiote qui soit, me dit Jean Le Bihan. Lui qui était toujours si prudent, justement parce qu’il était si brave ! Ce qui lui est arrivé est un coup de grande malchance.

« Etant à vélo, il a crevé près de la gare de Penvenan. A ce moment-là est arrivée une camionnette conduite par Louis Le Goff, qu’il connaissait bien ainsi que les gars qui étaient dedans : Paul Le Goff – même nom, mais pas parent de Louis -, Roger Le Bervet, encore un autre, et Guy Prudhomme, qui ne faisait pas partie du même groupe. Voyant François Boulard en difficulté, Louis Le Goff s’arrête, mon François embarque son vélo et monte derrière. Sous un chargement de trèfle incarnat, il y avait des armes. François était en train de mettre en garde ses camarades quand la camionnette est tombée sur une patrouille allemande. Vous imaginez la suite…

« Mme Boulard arrive à la maison, tout éperdue, et m’apprend que son mari a été amené avec les autres à Plouaret. Je la confie à ma femme et je file à Plouaret, où je demande au maire de m’indiquer un moyen pour communiquer avec François. Il m’envoie à une dame qui était chargée de nourrir les prisonniers quand les allemands voulaient bien permettre qu’on leur apporte quelque chose à manger. « « Oh, mon pauvre monsieur, vous ne le verrez pas vivant ! me dit-elle. Ce qu’ils ont pu lui faire ! Il a les yeux à moitié arrachés ! »

- Le soir de cette même journée, par conséquent le lundi 5 juin 1944, reprit Jean Boulard, j’appris que des camarades de Plougrescant avaient été arrêtés. On nous a raconté l’histoire de la camionnette, mais sans pouvoir nous dire qui était dedans. En tout cas, on a jugé prudent de se disperser, mais mon copain Charles Le Boniec, qui croyait que son frère Louis avait été pris – ils étaient quatre garçons – est resté à la ferme tandis que j’allais passer la nuit chez une tante. Le lendemain, je me lève tôt, et j’apprends que les Allemands étaient en train de faire une descente chez les Le Boniec. Ils sont entrés dans l’écurie où François, un des quatre fils, était derrière son cheval. Ils ne l’ont pas vu, sont repartis, François est monté au grenier et s’est camouflé dans le foin, qui était plein de mitraillettes. Mais sous des fagots, les Allemands ont trouvé des armes et des explosifs, et ils ont emmené Charles.

«  Ce matin-là, 6 juin 1944, on entendait sans arrêt le canon tonner au loin, je me le rappelle très bien. Après le départ des Allemands, je suis allé à la ferme Le Boniec où j’ai trouvé les deux frères de mon copain. Vers 2 heures de l’après-midi, sur mon poste à galène, j’ai pris le message de Churchill, et c’est ainsi que nous avons su que le débarquement s’était fait.

- D’où venait cette canonnade que vous entendiez ?

- Mais de là-bas, du front de Normandie.

- Mon cher camarade, vous étiez éloigné de quelque deux cents kilomètres, et séparé par la barrière du cotentin…

- Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’on entendait parfaitement le grondement ininterrompu du canon.

- Qu’est-il advenu de François Boulard, de votre ami Charles Le Boniec, et de leurs malheureux camarades?

- Vous savez déjà qu’ils ont été torturés à Plouaret. Le lendemain, ils ont été emmenés à Lanvollon, pour être jugés par un conseil de guerre qui s’était installé à l’institution des Sœurs. Une dame française de là-bas a servi d’interprète… C’est dans le bois de Guilben, sur la route de Paimpol, qu’ils ont été fusillés. Après la Libération, nous avons fait des recherches mais les corps n’ont jamais été retrouvés.

 

* Extrait du livre de REMY

 

6 avril, 2012 à 16:32


Un commentaire pour “- Crec’h Chapel”


  1. LE BONIEC écrit:

    Charles Le Boniec dont il est question dans le livre du colonel Remy était mon oncle d’ou mon prénom en son hommage!!!!!
    Son frère François était mon Pere merci d’avoir publié cet hommage, des personnes auxquelles je pense souvent et qui nous permettent aujourd’hui d’etre libres, dommage que beaucoup de « décideurs » en profitent sans honte!!!!!!!!!

    Merci

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