quelques pages d'histoire(s) de Plougrescant

-Yann Ar Gwenn

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Le barde breton Yann Ar Gwenn n’est pas né à Plouguiel comme il l’affirmait dans ses chansons  « Yann Ar Gwenn eo ma Hano, ganet oun en Plouiel » mais à Plougrescant le 24 décembre 1774

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Devenu aveugle très jeune, « Dall Ar Gwenn » doit mendier pour survivre, il chante l’actualité, anime foires et mariages du Trégor, toujours accompagné de son inséparable épouse Marguerite « Marc’harit » Petitbon.

Voici une de ses compositions telle qu’elle a été publiée dans « L’Âme bretonne » par Charles Le Goffic

*

Disput entre ur c’hereer hac ur botoer coat

Mar gallan gout ar feçon, e tenin da rima
Eun disput a neve flam, d’enem divertissa.
Savet entre ar c’hereer bac ar botoer coat
Pa vet crog en eur boutail it daou pot dilicat.

O daou o deus prometet e mige digante,
Goude formi eun disput excellant entrese,
Eun doucen uio fritet hac eun tam bara guen,
Hac eur banne da effa en fin ar ganaouen.

Mar be glebiet an anchen, ar bombard a zone,
A zilao gant parfeti eun darn a resono.
Vit ho lacat da zisput an eil oc’h e quile
Ha nen pas rima notra nemert ar virione.

AR BOTOER

« Er gouan ec’h intentan, eme ar botoer coat.
E me a zen da viscan treid an dud dilicat ;

Ha te, quereer infam, gant ta votou ler,
A zigac, ar c’hlenvejo hac eun nombr a vizer.

AR C’HEREER

« Eun tam eo estimet huelloc’h ma état
Evit nen deo da hini, pot ar botou coat.
Ma ranche beajerrien bale gant sorgello,
Et nent eun anter hirroc’h oc’h ober campagno.

AR BOTOER

« Evit prepari’in douar de lakat an trevat,
Eo eun drar necesser cavet eur botou coat ;
Ne voeler den o palat er parc gant botou ler.
Ha c’hoas e fell dit laret ne n’on qet necesser !

AR C’HEREER

« Goud a ran ev ar botou coat a gonserv ar yec’het
Hac a brepar an douar evit lacat an ed,
Evel ma c’her da redec er parc gant o vejo,
E scanvoc’h ar botou ler evit eur sorgello.

AR BOTOER

Pa deui an erc’h, hac ar scorn, hac ar gouan kallet,
E ranko ar c’hereer paca e vinaouet,
Ha me doucho an arc’hant partout er marc’hajo,
Ha te a sello ouzin ha digor da da c’heno.

AR C’HEREER

« Pa erruo ar mis meurs hac an nene amzer
Da visca an habijo brao hac ar boto ler,
Neuze na vo istimet netra ar boto coat :
Ur boto ler da vale a so traou dilicat.

AR BOTOER

« Allies en ranqes mont da dy ar c’hivijer
Ha na pe nemet tri scoet pe eun tri scoet anter
Ha me laca assembles bete c’huec’h uguent scoet
Da brena ar c’hoat boto ar baysantet.

AR C’HEREER

« Goel a ze dit, ma mignon, pa tens eur bern arc’hant ;
An neb a deus nebeutoc’h a von honestamant.
Me a deb hic ha zouben, ma yod da greis-de :
Ordinal ec’h intentant on benet couls a te.

AR BOTOER

« Poent eo din finissa, rac an nos a dosta,
Hac an hostis a jeno pa na effomp netra,
Hac a roï din hon c’honje, coader ha q’ereer,
Da bartian deus he dy ha mont da gaet ar guer.

AR C’HEREER

« Ebars en hostaleri a vo rezonio.
Disput entre ar vignonet ha chass-bleo enecho;
Ar c’hoste crea c’hone ebars en peb affer :
Mar q’eres m’a velo », eme ar c’hereer.

Goude leis cov e crogjont vel daou ghy animet
Ha stagao den emjannan evel tud malisset.
Q’en ha rangas an hostis q’emer e vas ribot,
Ha sq’ei voar zin discregui an fœçon no oant crog.

Goullennomp eur chopinet den om dispartia :
An hostis on servijo mar deuomp de bea;
Hac evomp pep a vemac’h e fin ar ganaoueun.
An oll a ranc caout boto pe vale dierc’hen.

An hini en eus rimet an disput dilicat
Savet entre eur c’hereer hac eur botoer coat,
En eus gret meur a hini, e hano Yann-ar-Guen.
Hac a veler ordinal en fin ar ganaouen.

*

TRADUCTION.

Débat entre un cordonnier et un sabotier

Si j’en puis trouver la manière, je rimerai volontiers, pour me divertir, un débat tout flambant neuf qui s’est élevé entre un cordonnier et un sabotier. La bouteille au poing, ce sont deux garçons fort délicats.

Tous deux m’ont promis, si je conduisais à bien leur débat, une douzaine d’œufs fricassés, un chanteau de pain blanc et un coup à boire à la fin de ma chanson.

La bombarde ne sonne que si l’anche est mouillée et elle sonne alors à la perfection. Pour former un débat entre l’un et l’autre, je n’ai qu’à laisser parler la vérité.

LE SABOTIER

« L’hiver, dit le sabotier, c’est à moi qu’il appartient d’habiller les pieds des gens délicats, tandis que toi, cordonnier infâme, avec tes souliers, tu ne leur apportes que des maladies et nombre de misères.

LE CORDONNIER

« Ma profession est estimée un peu plus haut que la tienne, homme des chaussures de bois ! S’il fallait que les voyageurs se servissent de tes sorgello, ils mettraient le double de temps à faire l’étape.

LE SABOTIER

« Pour disposer la terre à recevoir la semence, c’est une chose nécessaire d’avoir des sabots. On ne voit guère de gens bêcher avec des souliers. Et tu oses dire que je ne suis pas nécessaire !…

LE CORDONNIER

« Je sais que les sabots conservent la santé et qu’ils préparent la terre à recevoir le blé, tout de même que, si l’on passe la herse ( ?) sur un champ, les souliers sont plus légers pour courir que des sorgello.

LE SABOTIER

« Quand viendront la neige et la glace et le dur hiver, il faudra que l’alêne du cordonnier fasse trêve. (Pendant ce temps) moi je toucherai de l’argent partout dans les foires. Toi, tu me regarderas, la bouche ouverte.

LE CORDONNIER

« Quand le mois de mars arrivera et le renouveau et (que ce sera le temps) de revêtir de beaux habits et des chaussures de cuir, alors les sabots seront estimés moins que rien. Des chaussures de cuir pour se promener, voilà le délicat !

LE SABOTIER

« Il te faut souvent aller chez le tanneur. Et tu n’as sur toi que trois écus et demi. Moi, d’un seul coup, je dépense jusqu’à cent vingt écus pour acheter le bois qui sert à fabriquer des sabots aux paysans.

LE CORDONNIER

« Tant mieux pour toi, mon ami, si tu as un tas d’argent ! Les gens qui en ont moins vivent quand même honnêtement. Je mange viande et soupe et ma bouteille à midi et je prétends vivre aussi bien que toi à mon ordinaire.

LE SABOTIER

« Il est temps d’en finir, car la nuit approche et notre hôte fera grise mine si nous ne consommons pas. Cordonnier et sabotier, il pourrait bien nous donner congé et nous mettre à la porte en nous priant d’aller (continuer notre discussion) chez nous.

LE CORDONNIER

« Il va y avoir du grabuge dans l’hôtellerie, dispute entre amis et peut-être crépage de cheveux. C’est le parti le plus fort qui l’emporte en chaque affaire. Si tu veux, allons-y », dit le cordonnier.

Et les voilà, le ventre plein, qui se jettent l’un sur l’autre, tels deux chiens furieux, et qui s’agrippent et se gourment comme des malfaiteurs, au point que l’aubergiste est obligé de s’armer d’un bâton à riboter et de cogner dessus pour leur faire lâcher prise, tant ils sont bien accrochés ! Demandons une chopine pour les départir. L’aubergiste nous servira volontiers, si nous le payons. Et buvons chacun un coup à la fin de la chanson. Il faut que tout le monde ait des chaussures, à moins de marcher pieds nus. Celui qui a rimé ce débat ingénieux, élevé entre un cordonnier et un sabotier, celui-là en a composé bien d’autres : son nom est Jean Le Guen. Et vous le voyez ordinairement à la fin de ses chansons.

26 décembre, 2016 à 18:55


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